Partager l'article ! De la réaffirmation du politique sur l'économie: &nb ...
A l'heure où la transition vers un nouveau modèle de société se profile, ce changement passe inéluctablement par une réaffirmation du rôle séculaire du politique sur l'économie, cette dernière étant aujourd'hui lancée à vau l'eau au sein d'une spirale qui ébranle les fondements de la Cité.
A moins de deux mois d'une élection aux enjeux fondamentaux pour notre Nation, la France doit se réaffirmer dans son rôle originel de moteur de l'Union européenne en termes de valeurs et d'idéaux : la France s'avère être la garante de la pérennité de l'Union politique européenne et de son parachèvement. Ainsi, la France doit réinstaurer, comme le prône Emmanuel Todd par exemple, une diplomatie offensive, mais non agressive, envers son voisin d'Outre-Rhin en conditionnant la poursuite de sa participation à l'Union Européenne à la mise en place d'une politique de relance keynésienne. La politique déflationniste allemande appliquée à l'Union européenne s'avère être une entrave à la sortie de crise. S'inspirer du modèle allemand est une chose, vouloir l'appliquer à l'échelle de l'Hexagone en est une autre : il est illusoire de vouloir calquer le modèle allemand sur le nôtre comme le président sortant l'affirme à demi-mots. Comme l'a écrit André Malraux dans Le Musée imaginaire, "on ne ressemble pas à ceux qu'on admire en imitant leurs oeuvres."
Le fait que l'Allemagne, touchée six fois plus durement que la France par la crise, n'ait un taux de chômage que
de 5,5% de la population active (contre 10% en France avec près de 3 millions de chômeurs) se fonde non sur un moindre coût du travail mais sur une culture de négociation collective affirmée et
ancrée au coeur de la mentalité allemande. Ainsi, proche du modèle suédois et de son accord historique de Saltsjobaden de 1938, l'approche allemande n'est pas une méthode brute applicable à tout
type de nation comme le serait un théorème mathématique et tel que le modèle libéral standard le laisse penser: elle représente un pan entier de leur doxa économique et est intégrée au sein de
leurs moeurs. Toutefois, au delà de la question de son applicabilité, l'Allemagne n'est point un Eldorado faisant fi avec flegme des conséquences de la crise : la flexibilité du travail, certes
plus avancée qu'en France, apparaît également liée à une forte précarité de l'emploi. En outre, les perspectives de sa croissance industrielle restent relativement inquiétantes pour permettre
d'affirmer que l'Allemagne est complètement sortie de la crise.
La reprise du politique sur l'économie passe également par la mise au pas de la dette souveraine qui empêche
d'instaurer des politiques d'envergure à long-terme pour l'avenir de nos concitoyens. Comme le souligne le comité "Roosevelt 2012" (collectif fondé par l'économiste émérite Pierre Larrouturou et
suivi par des personnalités à la fois politiques, philosophiques, économiques et issues de la société civile), un refinancement de la dette apparaît comme une nécessité : alors que la France est
acculée par une dette de 1700 milliards d'euros, celle-ci s'accroissant inlassablement, l'instauration d'un financement de l'Etat par des prêts à des taux oscillants entre 0,5 et 1% s'inscrirait
comme le gage d'une sortie progressive de l'étau que représente la dette souveraine pour les Etats. Par conséquent, il est indispensable de revenir sur la loi Pompidou de 1973 et d'abroger
l'article 123 du TFUE qui permettent actuellement aux marchés financiers de prêter à des taux allant de 3 à 21% (ce dernier chiffre étant celui du cas extrême de la Grèce). Pour résorber le
déficit étatique, les défenseurs de l'héritage new dealiste préconisent une augmentation conséquente des impôts sur les grandes entreprises (qui a baissé depuis 2000) ainsi que de l'impôt sur les
grandes fortunes.
Plus que lors des précédentes échéances présidentielles, le prochain garant
de la magistrature suprême se devra d'insuffler une politique novatrice et pragmatique, contrairement à la politique gestionnaire court-termiste actuelle, en se préoccupant de l'avenir de notre
société et non de sa propre survie électorale : " La différence entre le politicien et l'homme d'Etat est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine
génération. " (James Freeman Clarke).